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Vivre en Turquie, les aventures rocambolesques de Melody à Istanbul

Melody est journaliste freelance. Elle a quitté sa Belgique natale pour vivre en Turquie il y a presque trois ans. Elle nous raconte sa vie là bas, ses bonheurs et ses galères. Une interview passionnante et étonnante.

 

Bonjour Melody. Qu’est-ce qui t’a motivée à t’installer à Istanbul ? quel a été le déclic ?

M. : C’est une drôle d’histoire… En fait en 2001, j’avais 19 ans à l’époque, je suis partie en vacances avec un groupe d’amis à Kusadasi, une station balnéaire turque.

Quand je suis arrivée, j’ai eu un étrange mais puissant sentiment de déjà-vu. Tout me disait quelque chose: les gens, la cuisine, le paysage, les panneaux de signalisation, la langue…

Je me suis sentie… c’est bizarre à dire mais vraiment… comme chez moi !

Et là j’ai réalisé que je n’avais jamais eu cette sensation en Belgique.

A partir de ce jour, je n’ai jamais pu me sortir la Turquie de la tête. J’ai même commencé à nourrir un rêve fou: celui de partir vivre parmi les Turcs! Et celà, sur base de ce simple déjà-vu! Bien sûr mes amis m’ont pris pour une folle, se sont demandés quelle mouche m’avait piquée (« T’es malaaade? Tu ne vas quand même pas aller vivre dans un pays PAREIL? ») mais le sentiment que j’ai ressenti était bien plus fort que tout ça.

Et j’ai débarqué, comme une grande, huit ans plus tard à Istanbul. C’était la première fois que je mettais les pieds dans cette ville.

J’avais choisi cette ville parce qu’elle m’attirait plus que toutes les autres. Et parce que je savais que ce serait celle qui offrirait le plus d’opportunités aussi.

Et tu t’y es installée sans jamais y être venu avant ?

M. : Oui. Je suis d’abord venue pour trois mois, avec comme but de suivre des cours de turc et pour voir si ça me plaisait.

Après trois mois, j’ai pris la décision de rester.

C’est très inhabituel comme histoire. Après trois ans à Istanbul, tu as toujours cette même impression ?

M. : Oui. Je trouve la vie beaucoup plus passionnante ici qu’en Belgique. C’est peut-être parce que c’est une ville paradoxale. Et moi, je suis TRES paradoxale :)

Qu’est-ce qui te fascine le plus à Istanbul ?

M. : Je crois que c’est la nature.
C’est quelque chose qui ne me parlait pas vraiment en Belgique

Ca peut paraître surprenant, quand on sait qu’Istanbul est une mégapole, et pourtant, ici, je m’émerveille tous les jours de petites choses de la nature.

Par exemple, quand je prends le bateau (comme on prendrait le bus à Bruxelles), je m’extasie toujours sur la lumière.

D’un côté et de l’autre du bateau, elle n’est pas la même. Elle se pose sur des monuments (le Palais de Topkapi, la mosquée de Soliman le magnifique…)

Mais aussi sur les maisons d’Usküdar, une commune de la rive asiatique

Puis sur le Bosphore qui change de couleurs plusieurs fois par jour.

Puis dans les rues, il y a des chiens et des chats errants

Je vois beaucoup plus d’oiseaux à Istanbul qu’à Bruxelles. Y a les mouettes, des immenses, qui se posent sur mon balcon…

Et puis même, quand je me balade sur les îles des Princes, je peux voir des chevaux en liberté! Et c’est sans parler des dauphins du Bosphore, que j’ai vu pour la première fois la semaine passée.

Je crois que c’est une ville où les sens sont sollicités tout le temps.

On te sent très amoureuse de la ville, tu nous fais voyager :) Qu’est-ce qui t’as le plus surpris en arrivant ?

M. : Ca oui, je le suis vraiment. Ce qui m’a supris le plus en arrivant? La foule.

Ici, il y a du monde partout, tout le temps. C’était très fatiguant au début.

Comment s’est passée l’adaptation à ta nouvelle vie, as-tu connu de grosses difficultés ?

M. : Les trois premières semaines ont évidemment été un peu éprouvantes. C’était principalement dû au fait que tout était nouveau: la langue, la nourriture, les gens, les noms, les coutumes etc…

Mais après, je dois dire que ça a été comme sur des roulettes!

Il y a eu un moment où ça a été moins bien. C’était il y a un an et demi, quand mes nouvelles amies (étrangères) ont quitté la Turquie. J’ai l’impression que c’est à ce moment là que j’ai été le plus confrontée à ce qu’on appelle le choc culturel.

Peux-tu nous décrire ce choc culturel ?

M. : C’est très différent de ce qu’on imagine. Comme dit mon amie Sophie, au début on pense qu’un jour on va se balader en rue et qu’on va tomber sur une fête, une cérémonie ou que sais-je, qu’on ne va pas comprendre ce que c’est et qu’on se dira: « Ah… le choc culturel! »

En réalité, c’est bien plus subtil que ça.

Ça se traduit par exemple par une conversation toute bête où les deux interlocuteurs ne se comprennent pas. Pourtant on parle la même langue. Mais CE qu’on dit, ne veut pas dire la même chose dans les deux cultures

J’ai remarqué qu’en Turquie, les gens ne sont pas très directs. Ils enroulent les choses et sont offensés quand on s’exprime ouvertement et directement.

Comme dit mon amie Manolya, qui est Turque par son père, c’est comme en cuisine! Ils ne savent pas faire simple. Faut toujours que les ingrédiënts soient enroulés ou mélangés dans quelque chose.

Du coup on arrive à un dialogue de fou. Ca m’arrive encore de temps en temps avec mon copain. Pas plus tard qu’hier, je lui racontais que les Turcs me demandent souvent « Tu vas cuisiner quoi ce soir? »
Quand je leur parle d’un plat genre steak + légumes + pommes de terre, ils tirent une drôle de tête.
Parce qu’ils n’ont pas l’habitude.

Et là mon copain me demande: « Donc qu’est-ce que tu essayes de dire? Qu’ils n’aiment pas ta cuisine? »

Alors que ce que j’essaye de dire, c’est ce que je viens de dire! Pas autre chose. Pour moi, il n’y a pas de sens caché, de non-dits etc.

Pour les Turcs, il y a toujours quelque chose caché derrière. :)

C’est à devenir fou parfois.

Les difficultés ne se situent pas toujours où on les attend on dirait

M. : C’est tout à fait ça.

Moi qui n’ai jamais eu de difficultés à me faire des amis en Belgique, ici, je n’ai aucune amie proche turque!

A cause de ce problème de communication, justement.

Comment vis-tu la distance avec ta famille et tes amis belges ?

M. : Heureusement qu’internet existe! On parle beaucoup sur Skype.

Une journée type de Melody à Istanbul ça ressemble à quoi ?

M. : C’est ça le truc: y a pas de journée type à Istanbul!

Certaines semaines, je reste chez moi et je ne sors que pour faire les courses. D’autres je passe toutes mes journées dehors. Un jour, je bois un thé turc dans une ruelle pleine de légumiers, poissonniers et autres marchands locaux, le lendemain je fais les soldes sur la célèbre Bagdat Caddesi, bordée de palmiers et de voitures de luxe.

Un jour, je marchande du tissu dans des échoppes, le lendemain, je fais une balade 1h45 le long des rochers

Un jour je traverse le pont du Bosphore à moto (à l’arrière, en tant que passager hein); l’autre je fais le déplacement en bateau en mangeant un simit (pain au sésame)

Y a moyen de changer de paysage et d’activités tous les jours si on veut.

C’est ce que j’aime ici.

Le fait d’être freelance ça doit jouer aussi dans le fait que les journées ne se ressemblent pas ?

M. : Evidemment. Je connais beaucoup de Stambouliotes dont la vie est très très monotone.

Surtout que la plupart d’entre eux bossent 6 jours sur 7

J’étais déjà freelance en Belgique, je le suis restée en Turquie. C’est un choix!

Tu t’imposes des horaires et des jours de travail quand même ?

M. : J’essaye mais je n’ai jamais été très douée pour la régularité. Généralement j’écris le soir ou la nuit, quand il n’y a rien d’autre à faire.

J’ai des deadlines pour des articles toutes les semaines mais j’étale mon travail comme je veux.

Cela dit, j’aimerais être un peu plus organisée pour l’écriture de mon livre *. L’idéal serait d’écrire deux nouveaux chapitres par semaine.

J’allais te demander si tu utilisais les espaces de coworking, mais du coup j’imagine que non.

M. : Non, je ne vois pas pourquoi j’irais louer un espace alors que je peux travailler depuis chez moi ou bien dans un café (ici, il y a le wifi partout)

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait s’installer à Istanbul ?

M. : Hmm… de suivre son coeur! Plus pratiquement, de s’installer dans la commune de Beyoglu car c’est celle qui permettra de faire des connaissances facilement et d’accéder sans trop de difficultés à toutes les autres communes de la ville. Si la personne a un boulot normal (pas freelance comme moi): de jouer à fond sur les réseaux. Ici, c’est pas le CV qui compte mais le « je connais untel qui connaît untel qui est le big boss de telle compagnie ».

Quelle est la rencontre la plus étonnante que tu as faite en Turquie ?

M. : Peut-être la rencontre avec ma première colocataire

Une femme de 40 ans, complètement à la masse, absolument pas croyante, qui sortait avec un Kurde islamiste de 21 ans (!)

Ca donnait d’emblée la bonne image de la Turquie: genre attention, n’essayez pas de coller une étiquette à ce pays, vous n’y arriverez pas. Ici, il y a de tout!

Quand je disais que c’était un pays paradoxal ;)

 
* Melody écrit un livre en ligne et ajoute des nouveaux chapitres régulièrement.
« Des anecdotes drôles et étonnantes qui mine de rien, en disent long sur la culture turque. »

Drôle, positif et très agréable à lire, allez-voir, ça vaut le coup !

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19 Comments

  1. J’adore les interviews ! C’est vivant, vécu évidemment, passionnant ! Que de vies différentes, j’adore ! Merci de m’avoir fait découvrir cette étonnante Mélody et son blog !
    La seule connaissance que j’aie de la Turquie était un voyage d’une semaine à Antalya (côte sud au bord de la mer), genre marathon pour explorer lol, un voyage organisé par France Loisirs. Très bons souvenirs malgré tout, même si je n’ai pas vu grand chose des vrais habitants. Notre guide était très sympa !! J’aimerais connaître Istanbul un jour….

    1. Salut Marjorie,

      Tu as raison, à chaque fois ce sont des histoires différentes, toujours hors du commun. J’adore aussi faire les interviews.

      Quand tu seras devenue digital nomade je t’interviewerai si tu veux bien :)

  2. Sympa comme histoire. Je comprends tout à fait Mélody lorsqu’elle parle de se sentir chez soi dans un pays ou une ville que l’on vient à peine de découvrir. J’ai cette sensation avec Tokyo depuis mon arrivée ici il y à 8 mois. C’est le fait de se sentir bien et à l’aise comme si on avait toujours vécu ici….Une sensation formidable je dois dire
    tunimaal Articles récents..Cosplay Interview: Coh the newbie cosplayer – August 21st 2011My Profile

    1. Bienvenue sur le blog,
      J’avais lu quelque part qu’un Français mettait 6 mois à s’adapter à un nouveau pays. Manifestement c’est pas toujours vrai :)

  3. @Fabrice: Merci et n’oublie pas de me faire signe le jour où tu passes par Istanbul!
    @Marjorie: Il y a tellement de beaux endroits à visiter en Turquie. L’une des mes destinations préférées pour les vacances en été, c’est Alaçati, à deux pas de Cesme. C’est un village où le moche est interdit! C’est véridique: les nouvelles constructions doivent être en pierres anciennes, les tables et chaises des restos en bois ou dans un autre matériau noble et surtout pas en plastic, y a pas de néons et d’affiches tape-à-l’oeil etc. Et puis Istanbul, c’est tout simplement magnifique. Petit conseil: viens à partir de la mi-mai car en mars et avril, il pleut des cordes!
    @Tunimaal: Tout à fait. C’est magique et indescriptible.
    Enfin un tout grand merci à Nicolas pour cette très chouette interview. Et vive ton blog!
    A bienôt,
    Melody
    Melody Articles récents..Vacances gratuites sur les îlesMy Profile

    1. Salut Julien! Moi je trouve qu’Istanbul est très différente des grandes villes européennes justement. Qu’on se balade à Madrid, Paris ou Bruxelles, les rues se ressemblent toutes. Les rond-points, les feux de signalisation, les bâtiments, la façon dont tout est agencé, puis les magasins…. A Istanbul, je trouve que ce n’est pas le cas. C’est entre autre pour ça que je ne voudrais pas que la Turquie entre dans l’Union européenne par exemple.
      Quand tu dis que les Français ont des clichés tenaces sur cette ville, tu parles desquels?
      Melody

  4. Toute la Turquie est passion et envoûtement et les Turcs sont hospitalité, générosité, savoir vivre
    Impossible de ne pas tomber amoureux
    Un exemple à suivre sur bien des points

    1. Salut Pierre,
      Chouette qu’Istanbul soit sur ta liste! :-D
      Au fait, j’ai beaucoup aimé ton article « Vous réalisez que vous êtes français quand… » Je suis Belge mais j’ai trouvé l’idée très drôle.

  5. Salut Melody,
    Sympa ton interview sur Pure FM, un peu trop court malheureusement car je suis sûr que tu avais encore plein de choses à dire…
    Dommage que des sujets sur la culture et la société n’aient pas pu être abordés, sur l’art également

    A+

    1. Salut Jeremy,
      Merci beaucoup! Oui comme tu dis… L’entrée en matière n’était pas vraiment intéressante. J’aurais préféré que l’animateur entre tout de suite dans le vif du sujet. Ce sera pour la prochaine fois!

  6. Bonjour Melody,

    J’aimerais suivre le même chemin que tu as pris. Cela fait la 5ème fois que je pars en Turquie (Izmir, Foça, Kusadasi, Istanbul, Kemer et Antalya) et j’aimerais pouvoir comme toi partir vivre à Istanbul; Mais comment as-tu fait pour apprendre la langue ? En combien de temps ? Et vers quels organismes as-tu pu trouver des cours sur Istanbul ?

    Merci pour ton aide,

    Hélène

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